01Histoire de la radiologie

Antoine Béclère, la radiologie avant l'électricité

En 1897, Antoine Béclère fait entrer les rayons X dans un hôpital sans électricité. Portrait d'un pionnier de la radiologie française.

Écrit par Dr Alexandre Parpaleix, MD-PhD, CEO et cofondateur de Milvue

Qui était Antoine Béclère ?

Antoine Béclère (1856-1939) a donné son nom à un hôpital de l'AP-HP, à Clamart1,2,3. En 1908 déjà, ses confrères voient en lui le père de la radiologie française4. Fils d'un médecin parisien, il est reçu en 1893 au concours de médecin des Hôpitaux de Paris et se fait une réputation en pédiatrie1,5.

Portrait d'Antoine Béclère, cheveux et barbe blancs, dans un médaillon ovale, avec la dédicace de la Société de radiologie médicale de France à son président
Antoine Béclère, portrait dédié par la Société de radiologie médicale de France à son président. BIU Santé, Licence Ouverte.

En 1896, chez son ami d'internat Paul Oudin, il assiste à une démonstration de radioscopie5. Une domestique pose derrière l'écran, et Béclère regarde son cœur battre5. Au sommet d'un poumon, une opacité attire son attention ; la femme, apprend-il, a des antécédents d'hémoptysie5. « Cette voie m'apparut comme le chemin de la Terre Promise et je m'y engageai »5, écrira-t-il.

Comment faire de la radiologie dans un hôpital sans électricité ?

Le 1er janvier 1897, Béclère prend la tête du service de médecine générale de l'hôpital Tenon, à Paris5,6. Röntgen a publié sa découverte des rayons X un an plus tôt1. L'administration ne suit pas : il achète le matériel lui-même6. Reste le courant, comme il le racontera à son ancien élève Iser Solomon : « Comment faire, dans cet hôpital dépourvu de toute électricité ? »6

Un homme tourne la manivelle d'une machine électrostatique à plateaux reliée à un tube à rayons X fixé sur une potence, avec un écran fluorescent au premier plan
Machine statique transportable de Drault. La Presse médicale, 1904. BIU Santé, Licence Ouverte.

Il trouve la parade avec une machine électrostatique construite par Drault : quatre plateaux de 45 cm entraînés par une manivelle6. Le courant ne dépasse pas deux dixièmes de milliampère, trop peu pour une radiographie6. Béclère s'en tient donc à la radioscopie, et encore faut-il rester longtemps dans le noir pour que les yeux s'habituent6. Puis des accumulateurs prennent le relais, à faire recharger en ville6.

Radioscopie ou radiographie : comment Béclère examinait-il ses malades ?

Au quotidien, Béclère examine ses malades en radioscopie et décalque ce qui paraît anormal sur un papier transparent posé contre l'écran6. La tuberculose l'occupe particulièrement : il lui consacre un livre en 18997.

Examen radioscopique à l'hôpital Tenon : un médecin en blouse tient un écran fluorescent contre le dos d'un patient torse nu ; au sol, la batterie d'accumulateurs
Un examen radioscopique du thorax à l'hôpital Tenon, figure du livre d'Antoine Béclère sur la tuberculose (1899). Au sol, la batterie de trois accumulateurs. Wellcome Collection, domaine public.

La radiographie sur plaque de verre reste rare6,8. Le 11 juin 1897, devant la Société médicale des hôpitaux de Paris, Béclère montre un pyopneumothorax sur un cliché qui a exigé 30 minutes de pose6. Rien non plus, à l'hôpital, pour développer les plaques : sa femme Cécile s'en charge chez eux, dans une pièce aménagée en chambre noire6,8. L'historien de la radiologie Guy Pallardy voit en elle « la première manipulatrice »8.

Radiographie ancienne d'un thorax vu de dos, où se lisent les côtes, les clavicules et les omoplates
Thorax normal vu de dos, d'après une radiographie d'Arthur Radiguet, dans le même livre (1899). Wellcome Collection, domaine public.

Où Antoine Béclère enseignait-il la radiologie ?

Béclère a une règle : « pour bien connaître un sujet, il faut l'enseigner »9. Il donne ses premières leçons à Tenon en 1897 ; la Société française de radiologie y voit le premier enseignement de radiologie4,8. Le dimanche 6 novembre 1898 s'ouvre un cours hebdomadaire8. Pour les travaux pratiques, l'Assistance publique pose trois conditions : Béclère en paie le coût, les élèves n'accèdent pas aux salles d'hospitalisation, et ils s'entraînent entre eux, jamais sur un patient8.

Son jeune cousin Henri Béclère, qui suit ses cours, se souviendra d'une ancienne chapelle dont la toiture fuyait au point qu'il fallait parfois « se munir de parapluies »8. Certains confrères se moquent de ses « bulles et amusettes »9. Il formera pourtant des centaines de médecins, de France et d'ailleurs9.

Comment Béclère a-t-il trouvé du courant à l'hôpital Saint-Antoine ?

Fin 1898, Béclère prend un service à l'hôpital Saint-Antoine, qui n'est pas plus raccordé au réseau électrique que Tenon6,8. Une petite usine y produit bien du courant continu, mais pour un seul usage : chauffer les couveuses de la maternité6. Il obtient d'en dériver une partie vers sa salle d'examen6. La maternité en a surtout besoin la nuit, la radiologie un quart d'heure à une demi-heure le matin8.

Gravure en coupe d'une couveuse de Tarnier : un nouveau-né emmailloté au-dessus de réservoirs d'eau chaude
Coupe de la couveuse de Tarnier, gravure de 1887 (G.-J. Witkowski, Histoire des accouchements chez tous les peuples). BIU Santé, Licence Ouverte.

Quel tribut Antoine Béclère a-t-il payé aux rayons X ?

En 1904, Béclère publie un article sur les moyens de protéger le médecin et les malades des effets nocifs des nouvelles radiations ; il y recommande des gants et des lunettes de protection10. Lui-même en gardera des séquelles : on devra lui amputer l'annulaire et l'auriculaire de la main gauche9.

Quel lien entre Antoine Béclère et la Société française de radiologie ?

En décembre 1908, Béclère réunit chez lui, rue La Boétie, d'autres médecins radiologistes4. Le 17 décembre, ils constituent le bureau de la Société de radiologie médicale de Paris, qu'il préside4. Il répète volontiers : « Nul ne peut devenir un bon radiologiste sans être auparavant un bon clinicien. »4 La société prend en 1913 le nom de Société de radiologie médicale de France ; elle est aujourd'hui la Société française de radiologie et d'imagerie médicale4.

Notes

  1. Guy Pallardy, « La radiologie est entrée avant l'électricité dans les hôpitaux de Paris », Histoire des sciences médicales, t. XXXIII, n° 4, 1999, p. 333.
  2. Guy Pallardy, « La radiologie est entrée avant l'électricité dans les hôpitaux de Paris », Histoire des sciences médicales, t. XXXIII, n° 4, 1999, p. 341.
  3. AP-HP, « Plan et accès », site de l'hôpital Antoine-Béclère, mis à jour le 10 septembre 2026.
  4. Henri Nahum, « Historique de la SFR », site de la Société française de radiologie, consulté le 4 octobre 2026 (copie archivée : web.archive.org).
  5. Guy Pallardy, « La radiologie est entrée avant l'électricité dans les hôpitaux de Paris », Histoire des sciences médicales, t. XXXIII, n° 4, 1999, p. 334.
  6. Guy Pallardy, « La radiologie est entrée avant l'électricité dans les hôpitaux de Paris », Histoire des sciences médicales, t. XXXIII, n° 4, 1999, p. 336.
  7. Antoine Béclère, Les rayons de Röntgen et le diagnostic de la tuberculose, Paris, J.-B. Baillière, 1899, numérisation de la Wellcome Collection sur archive.org.
  8. Guy Pallardy, « La radiologie est entrée avant l'électricité dans les hôpitaux de Paris », Histoire des sciences médicales, t. XXXIII, n° 4, 1999, p. 337.
  9. Guy Pallardy, « La radiologie est entrée avant l'électricité dans les hôpitaux de Paris », Histoire des sciences médicales, t. XXXIII, n° 4, 1999, p. 340.
  10. Panagiotis Sideris, Spyros N. Michaleas, Sofia Voidila et al., « Antoine Béclère (1856-1939): His Great Contribution to Radiotherapy », Cureus, vol. 16, n° 9, 2024, e68365.
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